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Prévenir les conduites addictives en milieu professionnel

Les conduites addictives sont un sujet de préoccupation pour les employeurs en raison des risques professionnels qui y sont associés, mais pas seulement.
En effet les conséquences sont lourdes en termes d’efficacité au travail, de qualité du travail, d’image de l’entreprise et plus globalement de sa performance [1].

Peu de données fiables sont disponibles sur les conséquences des usages de SPA (Substance Psychoactive qui modifie le fonctionnement du cerveau et le psychisme) en milieu professionnel, il est quand même admis que :

  • 10 à 20% des accidents du travail sont dus à l’alcool [2].
  • 1,5% de la masse salariale annuelle des entreprises françaises, c’est ce que représente le coût des troubles liés à une consommation d’alcool des salariés
  • L’absentéisme au travail ayant pour origine l’alcool est estimé entre 10 000 à 13 000 journées de travail perdues chaque jour en France.
  • Le taux d’absentéisme des salariés ayant une problématique en lien avec l’alcool est trois fois plus élevé que la moyenne [3]

Longtemps abordée par le prisme des risques professionnels et s’inspirant directement du modèle de la prévention routière (détecter, écarter, sanctionner, orienter), l’approche « gestionnaire » dans la prévention des conduites addictives a montré ses limites et doit aujourd’hui se renouveler. Elle doit notamment prendre en considération la question des usages comme ressources pour les salariés.

Dès 2000, Marie France Maranda a mis en évidence une modélisation des usages de SPA selon 4 dimensions :

  • Le salarié est le problème (logique d’importation dans l’entreprise d’une problématique individuelle)
  • Le sens du travail est le problème (burn out, bore out, brown out …)
  • L’organisation et/ou les conditions de travail est/sont le problème.
  • La culture de l’entreprise est le problème [4]

Les travaux de Gladys Lutz, Dominique Lhuillier et Renaud Crespin ont permis de mettre en évidence des déterminants professionnels qui seraient à l’origine de consommation (tensions physiques et/ou psychiques, pratiques culturelles et socialisantes, précarité professionnelle…).

A ces déterminants répond une fonction des usages [5] telle que

  • s’anesthésier
  • se stimuler
  • récupérer
  • s’intégrer au collectif…

Loin de balayer la question du risque professionnel au profit des usages comme ressources, Social Inter propose une synthèse de ces deux approches pour :

  • Répondre aux exigences et obligations de l’entreprise
  • Prendre en compte la réalité des pratiques addictives dans un milieu professionnel donné et ainsi apporter des réponses adaptées et efficientes

Une politique de prévention des conduites addictives élaborée par Social Inter

La prévention des conduites addictives est l’affaire de tous au sein d’une entreprise. Elle nécessite un positionnement clair de la direction qui porte le projet dont les enjeux sont les suivants :

  • Aborder collectivement la question des usages de SPA (alcool, drogues, médicaments) : informer, lever les tabous
  • Initier une réflexion autour du risque professionnel et la fonction des usages impactant le travail : la question du « comportement adapté à une situation de travail »
  • Trouver un juste équilibre entre :
    • La nécessaire prise en compte du risque (obligation de sécurité, responsabilité de la direction mais aussi de l’ensemble des salariés)
    • Les libertés individuelles
    • La bienveillance face à un problème de santé

Avec pour objectifs de :

  • Déployer des actions de prévention collectives et individuelles s’appuyant sur la réalité des usages au sein de l’entreprise via un nécessaire diagnostic : lever le tabou et agir sur la culture d’entreprise ;
  • Préserver la santé, garantir la sécurité au travail ;
  • Prévenir les situations accidentogènes liées aux pratiques addictives et notamment en raison de ses impacts sur la vigilance ;
  • Créer les conditions d’un meilleur accompagnement des personnes en difficultés.

Enfin le cadre général d’une politique de « Prévention des pratiques addictives » doit être le fruit d’un dialogue social impliquant différents acteurs de la prévention que sont la Direction, les ressources humaines, les managers, les responsables santé/sécurité des biens et des personnes, le CSE, le service de santé au travail et le service social du travail.

A cette fin Social Inter impulse en priorité des actions de prévention collectives et individuelles sur 3 niveaux :

  • Prévention primaire : construire et déployer une politique de prévention portée par la Direction, adaptée à l’entreprise et impliquant l’ensemble des salariés. Il s’agit avant tout de discuter et de valider des actions agissant directement sur la culture d’entreprise.
  • Prévention secondaire : réduire le risque lié aux pratiques addictives en ciblant les situations à risques et en s’appuyant sur un diagnostic des pratiques addictives mais aussi sur le Document Unique et éventuellement sur un plan de prévention des RPS préexistant.
  • Prévention tertiaire : prendre en charge les situations dégradées.

Cette démarche s’articulant avec le règlement intérieur, le code du travail, et les procédures « Santé, Sécurité et Environnement » de l’entreprise.

[1]http://www.drogues.gouv.fr/sites/drogues.gouv.fr/files/atoms/files/jnpcamp_151022_note_analyse_ofdt_enquete_bva.pdf

[2] Inserm, Inpes, MiLDT

[3] ZINS M, CARLE F, BUGEL I, LECLERC A, DI ORIO F, GOLDBERG M.Predictors of change inalchohol consumption among Frechmen of the Gazel study cohort.Addiction1999

[4] La problématisation de l’alcool et des drogues en milieu de travail, (Maranda, M.-F. et Morissette, 2002). Dans D. Harrison et C. Legendre (dir.), Santé et Sécurité & Transformation du travail, Réflexions et recherches sur le risque professionnel (p. 79-103). Québec : Presses de l’Université du Québec

[5] Se doper pour travailler (R. Crespin, D. Lhuilier & G. Lutz, dir.), Collection Clinique du travail, Éditions Erès, 2017, 350p

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